Invictus, William Ernest Henley (1843-1903)

Dans les ténèbres qui m'enserrent,

Noires comme un puits où l'on se noie,

Je rends grâce aux dieux, quels qu'ils soient,

Pour mon âme invincible et fière.

Dans de cruelles circonstances,

Je n'ai, ni gémi ni pleuré.

Meurtri par cette existence, 

Je suis debout, bien que blessé.

En ce lieu de colères et de pleurs, 

Se profile l'ombre de la mort.

Je ne sais ce que me réserve le sort, 

Mais je suis et je resterai sans peurs. 

Aussi étroit sois le chemin,

Nombreux les châtiments infâmes, 

Je suis le maître de mon destin, 

Je suis le capitaine de mon âme. 

Théorie du voyage, Michel Onfray

"Voyager suppose donc de refuser l'emploi du temps laborieux de la civilisation au profit du loisir inventif et joyeux. L'art du voyage induit une éthique ludique, une déclaration de guerre au quadrillage et au chronométrage de l'existence. La cité oblige à la sédentarité lisible grâce à une abscisse et à une ordonnée temporelle : être toujours dans un lieu donné à un moment précis. Ainsi, l'individu se contrôle et repère facilement par une autorité. Le nomade, quant à lui, refuse cette logique qui permet de transformer le temps en argent et l'énergie singulière, le seul bien dont on dispose, en monnaie sonnante et trébuchante. Partir, emboîter le pas des bergers, c'est expérimenter un genre de panthéisme extrêmement païen et retrouver la trace des dieux anciens - dieux de carrefours et de la chance, de la fortune et de l'ivresse, de la fécondité et de la joie, dieux des routes et de la communication, de la nature et de la fatalité - et rompre les amarres avec les entraves et les servitudes du monde moderne."

Cyril Dion, "rien qu'une prière"

« Juste une idée fixe qui tourne et s’alimente sans cesse à l’intérieur de mon crâne, de mes os.

Un élan hérité des lueurs millénaires, des fougères et des crocs, et des aventures batraciennes.

Rien qu’une prière.

Plus de distanciel, plus de mode dégradé, plus de « Zoom », de « Teams », de « Meet ».

Plus d’errance déconfinée, plus de courses empressées sur l’asphalte déserte.

Ne plus faire cas du moindre contact. Ne plus me dissocier.

Ne plus ériger à chacun de mes gestes de nouvelles barrières.

Mais revenir au monde, aux millions de mains, aux peaux… De l’air, aux pulsations familières.

Sentir sur mon cou le souffle et l’ardeur, autour de ma poitrine l’embrassade.

Soulagement du corps qui se rend et s’abandonne à celui qui le tient.

Plonger à nouveau dans le crépitement des ruches

Inspirer à pleines goulées et livrer aux cieux la puissance des brins, la chaleur des cœurs assemblés

Aimer encore aimer… Car il ne s’agit que de cela.

Tout ceci n’est pas qu’une histoire de climat, de croissance, de forêts dévastées.

Pas qu’une histoire de capitalisme, de libéralisme, d’espèces en déroute…

Tout ça, c’est aussi une histoire d’amour, une histoire d’amour qui a salement tourné ».

 

«Si vraiment aucune pierre, aucun sérac, aucune crevasse ne m’attend quelque part dans le monde pour arrêter ma course, un jour viendra, où, vieux et las, je saurai trouver la paix parmi les animaux et les fleurs" Lionel Terray

Pierre Rabhi, La Convergence des Consciences

"On croit volontiers que l'Histoire a évolué dans le sens de la rationalité. C'est faux. Ce qui a fait bouger le monde ce sont les utopies. (...) La remise en cause des acquis et de la routine dogmatique vient toujours des entrailles de l'être. (...) Parmi toutes les diverses définitions de l'utopie, ma préférence va volontiers à celle-ci : "l'utopie est ce qui n'a pas été tenté". Elle invite à se libérer de la routine, des habitudes convenues et pétrifiantes et ouvre la porte de l'aventure vers l'inattendu."

« Le dialogue, n’est-ce pas le défi d’élargir nos regards à l’autre, afin d’imaginer de nouveaux possibles ? » Eric Julien

Edgar Morin, leçons d'un siècle de vie.

"Ce que j'appelle l'état poétique, c'est cet état d'émotion devant ce qui nous semble beau ou/et aimable, non seulement dans l'art, mais également dans le monde et les expériences de nos vies, dans nos rencontres. L'émotion poétique nous ouvre, nous dilate, nous enchante. C'est un état second de transe qui peut être très douce, dans un échange de sourires, la contemplation d'un visage ou d'un paysage, très vive dans le rire, très ample dans les moments de bonheur, très intense dans la fête, la communion collective, la danse, la musique, et particulièrement ardente, enivrante, exaltante dans l'état d'amour partagé.

 

L'émotion poétique, dans l'exaltation suprême, peut arriver à l'extase, la sensation de se perdre tout en se retrouvant dans un ravissement ou une communion sublime.

L'état poétique commence-t-il avec les sourires des bébés, les ris et les jeux des enfants ? Il est en tout cas inégalement présent selon les caractères ou tempéraments. Les malheurs, les efforts pour survivre, le travail pénible et sans intérêt, l'obsession du gain, la froideur du calcul et de la rationalité abstraite, tout cela contribue à la domination de la prose (avec tout ce que ce terme comporte de banalité, d'inintérêt et d'ennui) dans les vies quotidiennes. Mais même alors, quelques échappées poétiques surviennent dans la plupart des vies.

 

Je ne confonds pas prose et malheurs : dans la prose, il y  a absence de joie; dans le malheur, il y a présence de la souffrance. Ceux qui subissent le malheur, les emprisonnés, les exclus, les misérables, sont également condamnés à la prose, même s'ils connaissent parfois des instants fugitifs de poésie."

Cette page qui répertorie les choses qui m'ont fait vibrées se veut complètement subjective et peut vous apporter quelques éléments de réponse quant à ma vision du monde. J'ai trouvé important de vous les partager, car ces différents éléments constituent une partie de ce qu'on appelle en Thérapie Brève, notre potentiel de situation. 

Il s'agit aussi d'une porte ouverte pour que vous partagiez aussi le vôtre...

Et vous ? Qu'est ce qui vous fait vibrer ?